Oiseau ©Paul-Henri Michel

A l'écoute des oiseaux ?

Publié par Caroline Mas

Journal du projet


Après une première séance d’écoute dans la cours de l’école (« comme c’est calme ici ! ») pour se familiariser avec le matériel et l’écoute au travers du micro, nous sommes partis écouter la nature le long du Buëch, la rivière en contrebas du village, avec l’idée de travailler sur le paysage.

D'abord un premier arrêt d’écoute au début du chemin proche du pont, puis nous nous arrêtons une deuxième fois sur le chemin.
L’idée étant de comparer ce qui a changé dans le paysage sonore en l’espace de quelques dizaines de mètres. Disparition des bruits de voitures, apparition du bruit de la rivière, le son des travaux du village au loin… Et aussi l’occasion d’observer quelques aigrettes et un héron posés dans le champs à côté.

Nous reprenons calmement notre marche. Nous essayons d’être discret afin de ne pas faire trop fuir la faune, mais à vingt-six avec les enfants et les accompagnants, ce n’est pas si facile !

Nous nous arrêterons au bout du chemin pour développer cet atelier sur le paysage. Nous rappelons les notions de base (premier plan, deuxième plan, arrière plan), et les enfants se munissent d’une feuille pour dessiner la vue qu’ils ont devant eux.
Au premier plan un champ avec quelques jeunes herbes. Au deuxième plan des pommiers, des ruches, le village un peu plus loin au dessus. À l’arrière plan, les montagnes des Baronnies qui descendent jusqu’au village.

Pendant ce temps, je pars un peu à l’écart avec le micro et des groupes de 5-6 enfants pour quelques écoutes amplifiées. Je leur donne la même consigne : identifier les plans sonores. Cet après-midi, il y a un peu de vent et c’est assez calme. Nous entendons le bruit du vent dans les feuilles des arbres, les travaux de Ribiers portés par le vent, deux ou trois oiseaux, les voix de quelques personnes qui se promènent, un chien au loin, une abeille, les pieds des enfants qui bougent sur le sol, un avion ULM qui passe pas très très haut et remplit le paysage sonore. Avec cet exemple, nous pouvons mettre en avant quelque chose d’assez intéressant : le premier plan sonore n’est pas forcément le même que le premier plan visuel !

Nous avons aussi remarqué que nous étions très près du Buëch et pourtant nous ne l’entendions pas ! Les quelques arbres entre nous et la rivière formaient une barrière acoustique avec celle-ci. Il suffisait de se décaler un peu plus loin sur le chemin où les arbres disparaissaient pour l’entendre à nouveau. Nous entendions en revanche de très loin les travaux, les camions ou voitures passer.
Nous venions de mettre en évidence comment les hautes fréquences sont rapidement atténuées par les obstacles, contrairement aux graves qui ont de grandes longueurs d’ondes et se propagent loin. L’occasion de faire un petit point sur la pollution sonore engendrée par les activités humaines.

Cet après midi, nous avons aussi été marqué par une choses, nous avons entendu seulement deux ou trois oiseaux ! Alors, certes, nous étions l’après midi, ce n’est pas le moment le plus favorable pour écouter des oiseaux, et nous étions nombreux. Mais tout de même je ne pensais pas que ça se réduirait à si peu.

En rentrant le soir, je tombe par hasard sur cet article "Bernie Krause, Les oreilles de la nature" détaillant son travail dans le journal « Rewind, on rembobine » de Phonurgia Nova en 2016 :

"Rewind, on rembobine", p.6, Phonurgia Nova, 2016.

"Rewind, on rembobine", p.6, Phonurgia Nova, 2016.

Bonne résonance avec notre sortie du jour.

Le lendemain, en allant sur le site de France Culture pour écouter une émission, voilà que je tombe alors sur celle-ci: Pourquoi n'y a-t-il plus d'insectes sur vos pare-brises ?

Avec un lien vers un article de Bernie Krause, "l'appauvrissement des sons du monde." et "disparition des oiseaux : vers des printemps de plus en plus silencieux".

Tout se recoupe !

Oui, il y a urgence de changer nos modes de vie et d'agriculture pour sauver insectes et oiseaux, et pour moi une certaine urgence à les observer et les enregistrer. 

Une idée de bestiaire interactif son-image sur les oiseaux observés à Ribiers germe alors dans ma tête...
 

Les Ateliers Médicis seront exceptionnellement fermés le jeudi 30 janvier 2020.