Semaine 1 - Laisser traîner ses oreilles sur les murs de l'école

Semaine 1 - Laisser traîner ses oreilles sur les murs de l'école

Publié par Romain Barthélémy

Journal du projet

La première semaine de résidence à l'école de Livry a consisté en partie, pour les élèves et pour moi, à écouter parler le lieu. Entend-on le même paysage sonore dans le calme du petit matin ou après les coups de cloches de midi? Existe-t-il des marqueurs sonores qui rendent cet endroit unique? Ressemblent-t-ils aux souvenirs auditifs de ma propre enfance?

Nous avons parcouru l'école en petits groupes, équipés d'enregistreurs, de microphones, d'hydrophones, de micros de contact. Nous l'avons écoutée. Nous l'avons scrutée. Nous avons attendu. Nous l'avons provoquée avec des mailloches. Nous l'avons faite vibrer avec des balais. Nous l'avons faite claquer avec des baguettes. Nous avons chassé les résonances, les tonalités, les grondements, les sifflements, les craquements, les attaques, les répétitions, les intermittences, les émergences...

Comme beaucoup s'en doutent, ici, à quelques pas de la rivière Allier, le paysage sonore est calme. Les vrombissements des voitures, s'ils font vibrer les vitres de la bibliothèque, y sont rares. Les cris de la quarantaine d'élèves qui jouent dehors, le temps d'une récré, sont relativement peu bruyants: en l'absence de sonnerie, un simple claquement de mains de l'instituteur suffit à ramener tout le monde en classe. Seul le brouhaha de la cantine semble difficile à supporter sur un temps long. Pourtant, aucun de ces sons n'atteint la puissance continue d'un des boulevards urbains qui font mon quotidien à Paris. Murray Schaffer avait un mot pour qualifier ce type de paysages sonores : "Hifi". Chaque émission sonore y est perceptible distinctement.

En écoutant un lieu, on peut comprendre sa nature, sa temporalité, mais aussi son organisation spatiale. L'école de Livry, lorsqu'elle est calme et qu'elle chuchote, nous fait clairement entendre le passage d'une pièce à l'autre par le timbre de ses sons continus: du quasi-silence de la bibliothèque, on passe aux ventilations constantes des ordinateurs allumés de la salle info. A la cuisine, tandis qu'on s'éloigne des ordinateurs, c'est le frigidaire qui prend le pas. Le couloir vibre du buzz constant de l'imprimante. Dans la première salle de classe, une soufflerie (probablement la chaudière) se fait entendre du côté du bureau du maître. Elle devient clairement audible dans les toilettes, entre les deux classes, qu'un gros tuyau métallique traverse dans sa partie haute. La deuxième salle de classe, la plus calme, est presque privée de soubassement sonore continu. La cantine, enfin, résonne du grondement sourd de ses appareils ménagers.

On pourrait tirer une pièce sonore des seuls enregistrements de ces drones...