©Jeanne Minier - Ateliers école de Lureuil Création en Cours Jour 1

Bienvenue en Brenne

Publié par Jeanne Minier

Journal du projet

Ce qui m'a frappée en arrivant à Lureuil, c'est cette église que l'on voit au loin en arrivant du Blanc par la grande route. 
C'était avec un tract certain que je me suis lancée dans les ateliers avec les élèves de l'école de Lureuil. 
Établir le premier contact avec eux, les emmener dans le projet et leur faire découvrir la photographie argentique. 

 

 

Jour 1

J’ai pris la route ce matin. La musique un peu plus fort que d’habitude comme pour masquer mon tract. J’ai chanté, pris de grandes inspirations pour repousser les questions stressantes qui arrivent en cohue dans mon esprit.

Puis, j’ai vu au loin, tout au bout de la grande ligne droite vallonnée, l’église de Lureuil.

Ça y est j’approche. 

Je gare la voiture devant la porte menant à la cour. 

Je suis déjà venu, il y a un mois. Pas longtemps, juste le temps de dire bonjour aux enfants et de discuter avec la maîtresse de comment on allait s’organiser. Et ça y est, c’est aujourd’hui.

Après avoir salué la classe, je les laisse à leur dictée et commence à installer le labo dans le petit débarras de la cour. Astrid, la maîtresse, vient en renfort, m’aider à accrocher les tissus pour masquer la fenêtre et la porte, pendant que les enfants se défoulent dans la cour. Ça prend petit à petit forme. J’installe l’agrandisseur, les bacs et tout ce dont nous aurons besoin.

On rentre en classe, j’ai oublié tous les prénoms qu’ils m’avaient donnés un par un en décembre. Alors je leur demande de me les redonner avec quelque chose qu’ils adorent. 

Les animaux, la nature, le ping-pong, lire, la gymnastique, la chasse, la natation, la pêche...

Je sens à travers leurs passions la marque indélébile d’un territoire dans lequel ils grandissent. Le parc régional de la Brenne est un lieu où la nature et les activités qui y sont liées sont fortement présentes. Dans mes trois jours de navigation avant les ateliers, j’ai pu découvrir cet atout qu’ils brandissent hautement et fièrement. C’est une région riche en biodiversité et en activité autour de celle-ci. 

Puis vient le vif du sujet ; c’est quoi la photographie ?

Leurs réponses sont variées, juste ou pas tout à fait justes, et qui me font sourire à quelques moments.

« La photographie, c’est prendre des photos »

« Il faut être concentré pour faire une photo et ne pas bouger pour éviter d’être flou »

« Une image est une photo prise par un appareil »

Il y a devant moi, le terreau fertile qui pendant ces prochains mois ne cessera de me surprendre, de se révéler et m’aider à voir autrement. 

Restitution
Restitution par groupe
Post-it
Un des post-it écrit par un groupe d'élèves

Après un copieux repas de la cantine, nous reprenons pour une après-midi photogramme. Je leur demande de commencer par dessiner le contour d’objets de leur choix.

Je leur parle des consignes qu’il faut absolument respecter dans le labo et leur montre les gants, blouses et lunettes qu’ils vont devoir porter pour y accéder. Ils sont contents de s’habiller avec. Ils se sentent tout de suite scientifique ou même superhéros.
Puis nous allons par petits groupes dans le laboratoire pour réaliser les photogrammes à partir des objets. Au moment de passer leur feuille de papier dans le révélateur, c’est là que viennent les « waaah ».
Oui, c’est magique. C’est ça qui m’anime dans la photo argentique. C’est ce moment où l’image apparaît petit à petit, sous nos yeux et qu’elle se dessine de plus en plus, comme par enchantement. 

Consigne du labo

« Ce qui m’a constamment fasciné dans le travail photographique, c’est l’instant où l’on voit
apparaître sur le papier exposé, sorti du néant pour ainsi dire, les ombres de la réalité, exactement comme les souvenirs, dit Austerlitz, qui surgissent aussi en nous au milieu de la
nuit, et, dès qu’on veut les retenir s’assombrissent soudain et nous échappent, à l’instar d’une épreuve laissée trop longtemps dans le bain de développement. »

Extrait du livre Austerlitz, W.G Seblad, Acte Sud

Et la journée passe à une vitesse folle. Il est déjà l’heure de terminer et de rentrer. Certains expérimenteront le photogramme demain, faute de temps aujourd’hui.

« À demain !»

« Demain, on refait de la chimie ? »

Louann nous livre son témoignage de la journée.
William nous raconte ce qu'il a préféré dans la journée.

Jour 2

Ce matin, j’ai gratté le pare-brise et les vitres qui avaient gelé dans la nuit. J’ai repris la même route, avec la musique un peu moins forte qu’hier, revu l’église au loin. J’ai une folle énergie. La boule au ventre de la veille n’est plus vraiment là, elle m’a laissé prendre le contrôle et a vu que, finalement, je fais ça plutôt instinctivement. 

Les premières questions des enfants ce matin c’était pour savoir si on retournerait au labo. Oui, mais cette après-midi. 

Pour le moment, je les laisse découvrir le matériel qu’on utilise en photographie argentique via un jeu de mot et de définition qu’il faut assembler. Le jeu est très dur. Je le sais. Même pour des adultes, il serait impossible de tout trouver sans s’y connaître. J’avais quand même envie de les confronter aux vrais noms et définition que je côtoie tous les jours.

Ils se débrouillent plutôt bien finalement.

J’en vois certains qui tentent, pleins d’assemblage. Des tentatives pas si bête, assez proche de la vérité. J’en vois certains qui s’amusent, à regarder les objets, à découvrir des noms, à se creuser la tête devant les définitions, à ne pas comprendre ce qui y est dit, à chercher coûte que coûte, à se désespérer, à être heureux d’avoir trouvé. Chaque équipe s’organise, joue l’entraide.

Jeu vocabulaire
Jeu de vocabulaire autour du matériel photographique
Jeu vocabulaire

Pas de plus longue torture pour eux, c’est l’heure de manger.
Salade.
Poulet, haricots verts. 
Compote.
Petits beurres.

C’est étrange de manger à la cantine. Je retrouve comme un goût oublié. Le goût de la nourriture du self. C’est encore copieux. 

Après avoir donné les réponses du jeu, je leur propose de se lancer dans le sténopé.
Atelier bricolage, fabrication du sténopé. Puis pour deux groupes, on fait des tests dans la cour.
Il faut mettre le papier dans la boîte au labo. Choisir un emplacement. Poser sa boîte. Enlever le cache. Attendre quelques secondes ou minutes. Remettre le cache. Aller au labo. Sortir sa feuille et la plonger dans les bains pour découvrir l’image.

Et là rien.

Enfin, du noir.

Trop de lumière. J’ai mal évalué le temps d’exposition. Ils sont déçus, mais ça va. Ils ont hâte que les copains réussissent.
Deuxième groupe. Ça fonctionne pour deux boîtes, ouf ! 

Mais c’est déjà l’heure de terminer la journée.
Les autres passeront lundi. 

Les enfants s’en vont et bientôt les parents arriveront.
Nous avons organisé une rencontre avec eux pour leur présenter le projet et répondre à leurs questions.

Certains sont ponctuels, en avance, un peu en retard. Je leur fait passer L’Herminière et Crépuscule, les deux éditions qui montrent un peu mon travail. Présentation du projet, les questions viennent. À propos des ateliers que l’on fait, de la chimie, de mon travail perso, de mon choix de l’argentique..
Une des mères demande si eux aussi pourront voir ce qu’il se passe en labo. Le moment magique où le révélateur dévoile petit à petit l’image.
C’est une super idée, j’imagine un mini labo que nous pourrions mettre en place le jour du vernissage des travaux des enfants. Les parents pourront être initiés au photogramme ! 

La réunion se termine et quelques discussions se lancent.
Puis il est temps de reprendre la voiture et les routes sous la nuit qui grandit.

Bon week-end et à lundi !

Noam et Mayana nous parlent de leur journée