ça colle à la peau comme un poème de Rimbaud

ça colle à la peau comme un poème de Rimbaud

Publié par Nawelle Aïnèch

Le groupe de la peur, en quelques mots : du carton, du papier, des naissances d'origami, de la colle, beaucoup et sous toutes ses formes, et des poèmes.

Tous assis autour de cette longue table, nous découpons les mots pour en fabriquer d'autre. A nous tous réunis là, à Balsac, on fait de notre aventure, une aventure Surréaliste.

"Laissez parler les petits papiers"

Camille découpe les pages d'un livre, Léonie et Marin les collent sur la structure de la tête. Pendant ce temps Paul et Maxcence s'occupe de décoller les couches des cartons d'emballages.

Alexis, éternel amoureux du pliage, confectionne avec l'aide de Alicia, mille et une fleurs qui recouvriront le corsage et la jupe.

Et pendant ce temps, on écoute le silence, rare, et nous profitons de ce moment pour écouter Maxcence déclamer quelques poésie appris au cours de l'année.

Et moi, j'ai en tête ce poème de Louis Aragon, cette phrase "mais l'enfant, qu'est-il devenu, je me regarde, je m'étonne"...

  Rien n'est précaire comme vivre
Rien comme être n'est passager
C'est un peu fondre comme le givre
Et pour le vent être léger
J'arrive où je suis étranger

Un jour tu passes la frontière
D'où viens-tu mais où vas-tu donc
Demain qu'importe et qu'importe hier
Le coeur change avec le chardon
Tout est sans rime ni pardon

Passe ton doigt là sur ta tempe
Touche l'enfance de tes yeux
Mieux vaut laisser basses les lampes
La nuit plus longtemps nous va mieux
C'est le grand jour qui se fait vieux

Les arbres sont beaux en automne
Mais l'enfant qu'est-il devenu
Je me regarde et je m'étonne
De ce voyageur inconnu
De son visage et ses pieds nus

Peu a peu tu te fais silence
Mais pas assez vite pourtant
Pour ne sentir ta dissemblance
Et sur le toi-même d'antan
Tomber la poussière du temps

C'est long vieillir au bout du compte
Le sable en fuit entre nos doigts
C'est comme une eau froide qui monte
C'est comme une honte qui croît
Un cuir à crier qu'on corroie

C'est long d'être un homme une chose
C'est long de renoncer à tout
Et sens-tu les métamorphoses
Qui se font au-dedans de nous
Lentement plier nos genoux

O mer amère ô mer profonde
Quelle est l'heure de tes marées
Combien faut-il d'années-secondes
A l'homme pour l'homme abjurer
Pourquoi pourquoi ces simagrées

Rien n'est précaire comme vivre
Rien comme être n'est passager
C'est un peu fondre comme le givre
Et pour le vent être léger
J'arrive où je suis étranger

Louis Aragon

Travail à la table
Travail à la table
Travail à la table