creation en cours Dorian Degoutte Ecole primaire Lit-et-Mixe

Le dormeur du bois

Publié par Dorian Degoutte

Journal du projet

Arrivée à Lit-et-Mixe.

Premier séjour à Lit-et-Mixe.

Beaucoup de temps à l’école. Prendre ses marques. Rencontrer les enfants, rencontrer le personnel, les maîtresses et Cécile la directrice (aussi maîtresse de la classe dans laquelle j’interviens). Apprendre leurs prénoms et tenter de les retenir. Expliquer le projet et expliquer qui je suis.

J’ai roulé depuis Vierzon, accompagné par le soleil qui est arrivé avant moi à l’horizon. Lui à continué son chemin vers l’ouest et moi je l’arrête chez Octavie et Ségolène. Je suis leur futur colocataire à temps partiel pendant mes périodes de résidence à Lit-et-Mixe. Je sors de ma voiture, le son de l’océan au loin. Je rentre dans la maison, le feu est allumé, il est l’heure de manger. Ça tombe bien j’ai apporté un grand plat de tartiflette que j’ai cuisiné la veille. Ségolène rentre de voyage, Octavie travaille dans une association locale, nous faisons connaissance et allons nous coucher tôt.

Le lendemain matin, gelée blanche sur le paysage. Il fait froid. Je gratte le pare-brise de ma voiture et direction l’école de Lit-et-Mixe. La route est somptueuse. La lumière s’accroche dans les hautes herbes encore givrées. Je prolonge ma nuit en traversant ce morceau de rêve blanc et intense.

Je sors en sursaut de ce rêve éveillé par la vision d’une voiture stationnée sur le bord de la route. En passant je vois un vieil homme qui dors à l’intérieur. Il a l’air mort, sa tête tombe vers l’avant, son bras gauche accoudé le long de la vitre. Comme s’il avait passé la nuit là et qu’il avait congelé. J’hésite beaucoup à faire demi-tour mais décide de ne pas m’inquiéter, il doit simplement faire une pause et s’être assoupi quelques minutes...
Je rentre le soir par une autre route et ne peut pas vérifier s’il est encore là.


Le lendemain matin, pluie. La réalité humide et froide de l’hiver dans les Landes. Il n’est plus question de rêvasser. Je reprends la route somptueuse qui l’est beaucoup moins aujourd’hui. À la sortie d’un virage qui amène à une longue ligne droite au milieu des pins, je distingue au loin la voiture de la veille, au même endroit. Un 4x4 Nissan des années 2000 couleur ocre-caca d’oie, usé par l’air de l’océan. Je me rapproche et ralentis. Le vieux est toujours là, exactement dans la même position qu’hier matin. Je le crois mort, cette fois-ci c’est sûr, séché dans son 4x4. Je pile, saisi mon téléphone pour appeler les pompiers et fais une marche arrière jusqu’au véhicule. Je regarde l’homme que je le crois vraiment mort. Seulement, le bruit de ma voiture le réveille et je vois qu’il bouge. Sa tête se relève doucement, aussi lentement que ses paupières qui laissent apparaître deux yeux vitreux qui me regardent fixement. Il me fait très peur. Je suis rassuré de voir qu’il est vivant mais j’ai l’impression d’avoir un zombie en face de moi. Il lit sur mes lèvres le « ça va ? » que je lui adresse. Il me répond en levant la main droite jusqu’au niveau de son visage avec une lenteur extrême. Ses grandes mains et ses mouvements me donnent l’impression de voir un vieux paresseux (l’animal), qui en plus d’être très lent serait très malade et très fatigué.

Depuis je le vois presque tous les jours entre 9h45 et midi, sur la route entre Contis (où j’habite) et Lit-et-Mixe (où je travaille).

Les Ateliers Médicis seront exceptionnellement fermés le jeudi 30 janvier 2020.