Jardin Botanique — 24 mars

Jardin Botanique — 24 mars

Publié par Maxime Matias

Journal du projet
Il nous semblait nécessaire au cours de cette résidence de proposer aux enfants une séance en extérieur. Parler des odeurs, c’est parler de la nature, parler de l’environnement et de son espace de vie ; le monde de la parfumerie et de l’art olfactif est fondé sur l’observation et l’utilisation de la nature. Si nous vivons aujourd’hui dans une société industrielle et mondialisée, au sein de laquelle les odeurs et arômes de synthèse sont omniprésents, il est important de rappeler que cette science est jeune et que par exemple, l’utilisation des aldéhydes en parfumerie ne date que du XXe siècle. Nous avons donc organisé avec l’équipe enseignante une sortie scolaire au jardin botanique de Basse-Terre, le plus ancien de Guadeloupe. Les enfants de l’école Gratien Candace connaissent bien ce parc, ils ont l’habitude de s’y rendre avec leur famille ou en sortie scolaire. L’intérêt était de construire une nouvelle narration, de les amener à appréhender la nature différemment en utilisant l’odorat. Cette journée au parc, nous l’avions préparé au préalable avec l’équipe du jardin, afin de connaître les lieux et sélectionner avec les guides les espèces odorantes les plus marquantes. Cette première étape accomplie, nous avons accueilli les enfants en leur proposant 3 activités, nous permettant de les répartir et rythmer leur visite. Les deux classes étaient donc séparées en groupes et alternaient entre la visite du musée, la visite olfactive encadrée par les guides et l’activité avec nous.
Au sein du musée et encadrés par la responsable, les enfants découvraient les spécificités naturelles de la Guadeloupe, en abordant les notions de faune et de flore, la signification d’une espèce endémique, les premières démarches de protection et de préservation de la nature : une introduction à l’éco-citoyenneté. Cette démarche, l’étude des odeurs nous avait permis de l’aborder avec les enfants au préalable. Par exemple, l’introduction aux différents muscs était accompagné de l’explication de sa provenance, du cerf porte-musc et du fléau du braconnage. De la même manière, le rapport entre l’odeur de la fève Tonka et des effets de la déforestation sur le coumarinier, son arbre producteur.
fleur du jardin botanique
Accompagnés de deux guides, les enfants étaient ensuite amenés à découvrir le jardin à travers le spectre olfactif. Si la saison n’était pas spécialement propice à la floraison d’une partie des espèces, les enfants ont pu découvrir les senteurs de nombre d’arbres et de plantes herbacées. Par la sélection de certaines d’entre-elle, nous avons essayé avec les guides de confronter les enfants à des odeurs que nous avions senti ensemble les séances précédentes, ou en lien à d’autres. Souvent, les enfants découvraient des variantes guadeloupéennes d’odeurs que nous avions amené de métropole. Par exemple, le « gros-thym », une plante aromatique locale possède une forme très différente du thym méditerranéen, mais une odeur similaire. La « petite-citronnelle », une autre plante locale cousine olfactive de la citronnelle, est marquée par une ressemblance troublante à l’odeur du citron. De cette manière, les enfants ont découvert certaines odeurs dans leur milieu naturel ainsi que des senteurs nouvelles. Au cours de cette journée, ils ont pu retrouver : — le «douvan nég», une feuille à l’odeur très forte et repoussante. — la «liane-panier», une petite fleur blanche à l’odeur proche du muguet. — la citronnelle, une plante herbacée célèbre pour ses vertus répulsives et son utilisation alimentaire. — les feuilles de bois d’inde, arbre typique de Guadeloupe qui existe en trois espèces différentes, aux odeurs diverses : une anisée, une autre évoquant la citronnelle et une dernière proche du girofle. — le cyprès, un arbre à l’odeur agréable, proche des notes terpéniques du pin mais avec une facette un peu aldéhydée. — les fleurs de Calebassier, un arbre dont les fleurs ont une odeur assez désagréable, proche des notes souffrées. — les fleurs de l’arbre à boulet de canon — « trois tasse », un arbuste dont les feuilles ont une odeur anisée-citronnée. — la «verveine caraïbe», une verveine locale. le «gros thym», à odeur de thym. — le «Doliprane», une plante médicinale à forte odeur. — le Gommier rouge, un arbre dont les feuilles sentent la mangue. — l’Eucalyptus, un arbre aux feuilles revigorantes, une odeur terpénique caractéristique. — la «petite citronnelle», une plante herbacée à l’odeur à odeur d’agrumes tel le citron.
captation visuelle de notre environnement
Enfin, nous voulions continuer l’exploration de la photographie avec les enfants en leur confiant à chacun un appareil photographique jetable. L’idée était d’une part de leur faire expérimenter la photographie «argentique», pour laquelle on doit réfléchir sans pouvoir vérifier a postériori le résultat. Ainsi, à nouveau confrontés à leur odeur «imaginaire» respective, les enfants devaient partir à la chasse de celle-ci : essayer de la représenter par les formes, les couleurs, les compositions et la comparaison aux espèces présentes. Répartis de cette manière, chaque enfant possédait un appareil en main ainsi que 5 à 7 prises chacun. À nouveau, les enfants ont été très réactifs et se sont pliés à l’exercice avec plaisir, excitation, mais aussi avec sérieux. Avec l’exercice précédent du cyanotype, nous nous sommes attachés à représenter les odeurs par les formes et la composition uniquement, avec les appareils jetables, ils devaient prendre en compte de nouveaux outils : les couleurs et les matières. Nous avons hâte de découvrir les résultats à la sortie de la chambre noire. Notre impatience équivaut à celle des enfants !
Installation, fleur sur tronc

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