Sauge des prés à Dormillouse.

Retour à Freissinières

Publié par Nina Deux

Journal du projet

Où on se déconfine au printemps.

Lundi 11 mai 2020 à 7h du matin, je suis dans le métro, sur le chemin de la gare. Une journée de train m’attend pour rejoindre Freissinières, ce ne sera pas de tout repos. D’une part, il a fallu pendant le confinement réfléchir à la suite du projet. Comment adapter les interactions avec les enfants, les ateliers prévus, pour respecter les mesures sanitaires qui nous sont imposées ? Et surtout, comment documenter la Cantine quand elle n’existe pas ? Anne m’a prévenue, afin de permettre la distanciation lors des repas, la cantine est remplacée par une livraison de paniers-repas que les élèves mangent en classe, chacun.e à sa table, ou dans la cour lorsque le temps le permet.

Alors on a parlé de nourriture dans nos entretiens, il ne m’en reste que trois à enregistrer avec les plus jeunes élèves de la classe, mais toute la documentation de la cantine scolaire, me faire petite souris à leurs tables pour observer les enfants, ça tombe à l’eau quand c’est pique-nique tous les jours.

Pendant que je monte les entretiens audio, je m’interroge. Et si on parlait simplement du repas, de la cuisine et de ce que cela représente ? Et moi, qu’est-ce que je veux en faire et comment illustrer ce projet, comment restituer à travers un travail visuel les propos que j’ai récoltés auprès des enfants ?  Est-ce que je dois réorienter complètement mon propos ?

Dans cette vallée où je reviens au printemps après l’avoir découverte en fin d’hiver, encore enneigée, je suis sans voix. Partout se déploient des fleurs par milliers, une mosaïque de couleurs qui envahit chaque coin de verdure disponible, des prairies aux sous-bois aux parois les plus arides de la montagne. Moi qui viens d’une campagne largement cultivée, maîtrisée et transformée par ses habitants, je trouve ça beau à en pleurer.

Pendant cette semaine, entre mes interventions à l’école, je vais laisser libre cours à ma passion pour la botanique, chercher, identifier et récolter de nombreuses plantes sauvages comestibles avec lesquelles je vais expérimenter dans la cuisine de mon gîte.

Cela donnera certainement naissance à un embryon de nouveau projet bien éloigné du premier, mais que je garderai dans un coin de ma tête tout au long de la résidence…

Compte tenu de la situation sanitaire, l’accueil des Ateliers Médicis est fermé. +