Narration, partie 2.

Narration, partie 2.

Publié par Marion Ménard et Camille Esayan

Journal du projet

De retour à Paris après notre première semaine de résidence, même si un mois nous séparait de notre intervention suivante, nous n’avons pas chômé Marion et moi. Flashback, en mots et en images sur la mise au point et le déroulement de cette deuxième superbe semaine avec nos quarante-huit charmants bambins de l’école primaire Pierre Robert de Saint-Paterne Racan.

 

Interlude

Souvenez-vous, nous avons réalisé pendant nos premières journées avec les enfants des collages à la manière d’Henri Matisse et, pour ce faire, leur avons demandé d’extraire sur un calque les formes principales de leurs images, afin que nous puissions les réexploiter par la suite. Nous avons donc patiemment redessiné, vectorisé et dupliqué les formes décalquées par eux, en vue de les initier aux motifs au cours des ateliers prévus la deuxième semaine, mais pas seulement !

Nous avons également repris les formes de nos propres images, en vue de la préparation du matériel qui nous servirait à l’animation du lundi, où nous allions cette fois-ci concevoir des mobiles, à la manière d’Alexander Calder et décorés grâce à la technique du marbling, qui consiste à créer des visuels aléatoires à l’aide d’un mélange d’encre et d’eau. Pour cela, nous avons sélectionné de grandes planches de carton bois, que nous avons ensuite fait découper au laser, chez Michele, dans son joli atelier de Ménilmontant, Figura Sfondo.

Afin de nous assurer de l’intérêt pratique et plastique de l’exercice — et parce que, il faut bien l’avouer, nous ne ratons jamais une occasion de mettre la main à la pâte — nous avons testé le marbling sur quelques formes, expérience qui s’est avérée concluante ! Nous ne pouvions pas en dire autant du montage du mobile lui-même qui s’annonçait bien plus fastidieux et périlleux. Notre prochain départ approchant à grands pas, nous avons ainsi choisi pour ce dernier d’aviser le jour J.

Lundi 26 mars

Je vous passe les détails de notre arrivée tardive dans notre petit gîte de Brèches le dimanche soir — nous nous sommes trompées de route avant de nous apercevoir que nous étions en train de rebrousser chemin vers Paris. Ne vous y méprenez pas néanmoins, il ne s’agit pas là d’un acte manqué, car il nous tardait véritablement d’entamer cette deuxième semaine de résidence !

Nous revoici donc dans la cour de récréation de l’école, avec le sentiment de l’avoir quittée la veille… avec les enfants, de toute évidence ravis de nous revoir, dont certains scandent même nos prénoms ! Nous nous empressons d’aller préparer le matériel dans l’espace qui nous est alloué — en effet, le marbling requiert l’utilisation d’une poudre épaississante que l’on saupoudre dans l’eau et qui doit reposer idéalement deux heures — avant de retrouver tout notre joyeux cortège pour leur présenter le programme de la semaine. Impatience et enthousiasme sont palpables. Une fois tous ensemble installés dans notre salle de classe, la démonstration technique du procédé peut commencer.

Quand Marion immerge la feuille dans le bac d’eau et la ressort, l’émerveillement se lit sur le visage des enfants. Des frissons me traversent à cet instant : définitivement, cette résidence a quelque chose de magique ! Aussitôt que les différentes étapes leur ont bien été expliquées, les enfants passent à l’action, décrochant d’abord les formes de leur matrice originelle. Pendant deux heures, la salle résonne des « ohh » d’exclamation et des clapotis de l’eau.

La beauté de l’aléatoire…

 Après le déjeuner — qui a permis aux formes fraîchement encrées de sécher un peu — l’heure du mobile, et avec lui de l’improvisation, a sonné. C’est sans compter sur la débrouillardise des maîtresses, qui, voyant les enfants s’emmêler les doigts avec le fil de nylon que nous avions prévu pour assembler les pièces entre elles, nous proposent une solution miracle : les trombones ! En en tordant les fils, les mobiles commencent finalement à danser et se composer sur les cordes — là encore témoignage de l’astuciosité sans bornes de Nathalie et Cécile — que nous avons accrochées d’un bout à l’autre de la classe, tels des funambules. C’est donc le cœur léger et rempli de gaieté que nous achevons cette première journée, non sans une certaine hâte d’être au lendemain.

La Donna È Mobile !

Mardi 27, mercredi 28 et jeudi 29 mars

Pour le restant de la semaine, nous nous retrouvons à nouveau en petits groupes, cette fois-ci pour concevoir des motifs, à partir des formes de chacun des enfants. C’est l’occasion, une fois n’est pas coutume, de faire l’expérience du co-main, car il s’agit de leur expliquer avec des mots simples un processus complexe.

Immersion dans l’atelier motifs.

En fonction des groupes, la demande est plus ou moins bien comprise et les enfants plus ou moins dissipés. Nous décidons Marion et moi de réajuster notre approche instantanément, l’enjeu pour nous étant d’intéresser chaque enfant au sein de l’équipe, mais aussi individuellement, afin qu’il puisse saisir les tenants et aboutissants de ces ateliers, et se reconnaisse comme étant partie prenante du projet global, en s’y investissant pleinement. Au-delà donc de nous faire progresser au sein même de notre discipline de prédilection, cette résidence possède indéniablement la capacité à nous faire grandir, dans notre humanité.

Nous repartons néanmoins avec, dans nos valises, de biens beaux résultats :

 

et les chaleureux remerciements des enfants, qui, avant même que nous ne soyons parties, nous demandent déjà quand nous allons revenir :

 

Vous aussi les enfants, vous êtes les meilleur.es !

Et dans le prochain épisode…

Nous allons en effet revenir, cette fois-ci dans quinze jours, et ces derniers ne nous seront pas de trop pour préparer notre troisième semaine d’intervention, qui s’articulera autour de l’image en mouvement ! Pour vous faire patienter d’ici là, les enfants, voici les motifs et le mobile que nous avons réalisés en nous prêtant nous aussi au jeu :

À très bientôt !