Tu es née en France ou au camp Orel ?

Tu es née en France ou au camp Orel ?

Publié par Laetitia Aubouy

Journal du projet

Quand les enfants m'interrogent ...

Faire un film, c'est se mettre à nu, parler des autres c'est parler de soi. Ce jour-là, ceux sont les enfants qui se sont emparés de la caméra pour me poser des questions. Des questions sur mon film, sur mon enfance, sur ma famille et sur la façon dont je voyais l'avenir. Une des choses les plus drôle qui est ressortie de ces conversations est que les enfants avaient complètement fantasmé le Camp Orel. Pour eux, ce centre de vacances n'était plus en France, ni même en Russie,  il était devenu un pays, un monde, un territoire à part entière avec ses propres institutions et ses propres autorités. Dans leurs imaginaires, j'avais grandi dans ce camp hors-frontières et donc suivi une école différente de la leur. J'étais heureuse de ces réactions car c'est justement le jeu de croyance que j'aimerai entretenir avec le spectateur. Dans le traitement du film,  je souhaite ne pas sortir du camp Orel pour en faire un royaume isolé, une île hors du temps, au mode de vie rudimentaire obéissant à ses propres règles. La communauté apparaîtra à la fois prisonnière, comme repliée sur elle-même, et libre car au plus près de la nature nue et sauvage   Dans une première partie, mon fils découvrira le territoire, les espaces privés, les espaces communs, les espaces secrets et abandonnés, où la nature reprend ses droits. Puis la pression montera et le confinement se fera sentir.  Le huis clos s’installera pour faire naître autre chose, un regard vers l'horizon, vers l'avenir. Ainsi, le hors-champ, l’ailleurs, existera mais toujours dans un monde cerclé, isolé, où se jouera encore le rapport conservateur modernisme. On pourra entendre parler du camp Sokol, une autre tribu russe bien plus orthodoxe que le camp Orel, ou de la nouvelle discothèque voisine la Matriochka, le repère des oligarques russes en vacances.  

Extrait !