Premières écritures

Publié par Mégane Verdier

Journal du projet

Un mois plus tard je retournai à Gageron et j’initiai cette fois-ci les enfants à l’écriture de scénarios. Quelles histoires les enfants avaient-ils envie de raconter au temps du Far West ? Les idées ne manquaient pas ! Je laissai libre cours à leur imagination et j'observais comment les enfants s'appropriaient l'imaginaire du western. Même si les anachronismes m'importaient peu (au contraire, le shérif pouvait bien envoyer des snapchat  pour lancer des appels à témoins !) j'avais à coeur d'écrire avec eux des saynètes réalisables. Et pour cela, avant d'imaginer l'intrigue, il nous fallait d'abord définir des personnages vraisemblables. Cette entrée en matière par les personnages et leur psychologie allait soulever inévitablement la question du genre ...

Du grand brainstorming avec la classe émergea alors six personnages en quête d'aventures : le/la shérif, le/la bandit, le/la cow boy/girl, l'indien.n.e, la professeure (en charge de former le shérif), et "la femme". Cette dernière n'ayant pas de fonction spécifique mais fut seulement définie par son sexe. Pour les enfants ce personnage s'inspirait de ce qu'ils avaient vu dans les extraits de western que je leur avais montré : la femme était en réalité une ménagère. Ils l'imaginèrent alors faire ses courses au saloon ...

Bon. L'idée d'un western 2.0 d'un nouveau genre prenait légèrement l'eau. 

Toutefois je ne me décourageais pas et je décidai d'inaugurer une écriture par l'image avec les enfants. J'emmenais alors une petite caméra avec moi et fit passer des premiers castings pour les rôles. Lors de ce brainstorming collectif, nous imaginions ainsi la psychologie des personnages mais aussi leur attitude et la façon dont il faudrait les jouer. Les enfants se projetaient donc dans les personnages et certains déjà se sentaient plus l'âme d'un cow boy ou d'un bandit. Ensemble nous décortiquions les gestes et les postures "phares" de chaque personnage. 

Rapidement je compris que le shérif, le cow boy et l'indien pouvaient être  joués par des garçons ou bien par des filles. Les enfants n'y voyaient aucune d'importance. Toutefois "la femme professeure" et "la femme",  elles, devaient bien être des femmes et jouées par des filles ... Quand je leur demandais pourquoi, je compris que le costume avait son importance. Les filles pouvaient se planter devant la caméra  :  jambes arquées, mains sur les hanches, et jouer aux gros durs façon cow boy, mais les garçons eux ne pouvaient pas s'imaginer en femme du Far West puisqu'ils les avaient vu porter des robes et des rubans ... ( quand bien même les enfants avaient déconstruit quelques uns des stéréotypes liés au genre lors de l'atelier précédent et qu'ils me confiaient qu'après tout les garçons pouvaient bien porter des jupes ou se maquiller s'ils le souhaitaient )

 Impossible de jouer "la femme" et surtout pas devant la caméra.

 

Les Ateliers Médicis seront exceptionnellement fermés le 1er février 2022.