Séance de travail aux studios Kabako

Le retour au Congo RD (été 2017)

Publié par Yves Mwamba

Le retour au pays est le prolongement de Création en cours.

Va et vient : un entre-deux positif

La pièce Voix intérieures se construit entre la France et le Congo. Il s’agit d’un va et vient permanent et nécessaire. Je n’ai pas le C** entre deux chaises. Non ! la France me donne la liberté de création, le Congo me donne l’énergie et la dramaturgie. Il y a tant à raconter. Il ne faut jamais s’arrêter de raconter. Ce va et vient, c’est l’onde de choc. Le retour à Kinshasa et à Kisangani me permet de reprendre l’écriture de la pièce. Je suis en prise réelle avec mon pays, avec la source. Je retrouve Kinshasa sous haute tension. Le pays est en pleine inflation. L’argent ne circule plus, les élections sont différées et les marches pacifistes commencent pour obtenir un calendrier électoral. La marche est un leitmotiv sur lequel je veux travailler pour la pièce. La marche, c’est comme respirer. Si tu ne marche plus, tu es mort.

Mon pays

Plusieurs marches ont été organisé dans plusieurs villes du Congo RD en août. Toutes sont soldées par des arrestations et des morts. Le gouvernement avec la complicité des opérateurs téléphoniques coupe l’internet : la stratégie étant d’empêcher l’utilisation des réseaux sociaux et l’envoi de vidéos. J’avais vécu cela en février 2015, pendant un mois suite aux marches d’étudiants à Kinshasa, la population avait été privée de réseau internet. Je revis cela en étant dans la construction de ma pièce. Je ne travaille pas la pièce sous un angle documentaire, mais le retour au pays m’aide beaucoup pour l’écriture et la matière. Je rencontre Luc, un militant de la Lucha (mouvement citoyen). Luc a été arrêté au moins 18 fois. On lui a proposé de l’argent et une place au gouvernement. Le virus de la corruption sévit énormément ici. Luc a résisté, résiste encore. L’entretien avec lui m’aide à imaginer le décor d’un pays imaginaire. Dans ce pays, on enferme ceux qui veulent un peu d’électricité, ceux qui veulent un peu d’eau potable, ceux qui veulent un peu de nourriture. Dans ce pays, on libère les criminels, on ouvre les portes des prisons (en juin, entre 400 et 5000 prisonniers se sont échappés de la prison centrale et ce phénomène s’est reproduit dans plusieurs villes du pays). Mon pays serait le plus drôle du monde, s’il n’y avait pas autant de mort et de gens qui souffrent. Par exemple, la blague du mois de juillet, c’est l’enrôlement. Combien sommes-nous à nous lever aux aurores pour attendre une carte d’électeur une journée… deux journée pour des élections qui n’auront pas lieu. Mais nous devons faire notre devoir de citoyen dans notre République Démocratique qui n’en n’est pas une.

Concentration
Concentration

La suite

Le retour à Kinshasa me permet d’avancer dans la structure de la pièce, de réfléchir à une scénographie. Je profite d’être au Congo pour donner un atelier de recherches chorégraphiques à Kisangani aux studios Kabako, la structure qui m’a formé en tant qu’interprète. C’est aussi une manière pour moi de prolonger l’expérience de transmission. Je rencontre également l’attachée culturelle Malaurie Carras de l’institut français pour une dernière étape de création pour Voix intérieures. Mon objectif : que la pièce  tourne pour la saison 2019 !!!!! À suivre

L'interprète congolaise Princesse fait une impro
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