Princia Itoua

Princia Itoua

Depuis quelques années Princia Itoua Dickelet vit dans la peau d’un autre.

Avec son patronyme de star, Kanye Mendel est un personnage fictif dont ce jeune diplômé de l’école d’art de Metz relate les aventures dans un pavé intitulé Kanye : une nuit d’hiver et une performance au titre poétique Vas, voir tomber la neige. Cette injonction feutrée, c’est la mère de l’artiste, originaire du Congo Brazzaville, qui lui souffla à l’aune de ses dix-neuf ans. Princia Itoua Dickelet l’avoue à demi-mots, Kanye Mendel c’est donc un peu lui, sauf que venu d’Afrique du Sud et arrivé en France en 1985 suite à la révolte des townships, ce dernier n’a pas exactement la même trajectoire mais une expérience partagée et parfois amère de l’exil. Autour de Kanye Mendel c’est toute une constellation que déplie patiemment l’artiste pour donner de l’épaisseur à son personnage : un livre de fiction donc, mais aussi un album de photos souvenir, des objets en bois mixte, dont cette crosse qui occupe une place à part dans la fiction et même une police de caractère, la Kanye, déclinée en deux styles, africain et européen.

« L’Africain intègre des éléments de type cursif dans une construction droite romaine. L’Europe se démarque par sa forte cursivité et une autonomie rappelant les premiers italiques apparus en Europe comme caractère à part entière » commente Itoua, qui a suivi l’option art systèmes graphiques et narratifs, au sein de laquelle il a pu aussi bien utiliser le médium graphique, photographique que scénographique. S’il prépare aujourd’hui une nouvelle série d’objets (des maillots de foot détournés) après avoir produit un mur d’affiches customisées pendant la campagne présidentielle, Princia Itoua Dickelet assume : « l’histoire de Kanye Mendel est une histoire sans fin. Elle continuera tant que je suis vivant ».