Traduire, projet Circulez il y a tout à voir, de Mathieu SImonet et Malte Martin

Traduire

Les Ateliers Médicis se sont donnés comme fil rouge pour l'année 2018, le verbe "traduire". Les artistes associés, et plus largement tous les artistes soutenus cette année sont invités à questionner et explorer cette thématique annuelle.

Image issue du projet Circulez il y a tout à voir, réalisé en 2017 par les artistes associés Mathieu Simonet et Malte Martin

Traduire

Fil rouge 2018

Que veut dire, dans le concret de nos vies, « Traduire » ? Qu’est-ce qui se joue quand on passe d'un pays à un autre, d'un monde à un autre ? A quelles évolutions de sens assiste-t-on ? Comment penser l'interculturalité en étant conscient de ce qui est intraduisible ? Comment faire que l’intraduisible soit partageable ? Et en quoi l’artiste, comme traducteur du monde contemporain, peut-il participer de ce partage ?

« Il faut comprendre pour traduire mais traduire fait comprendre »
Barbara Cassin

On caractérise souvent les villes de banlieues par le nombre de langues natales parlées dans la population. Cette manière de souligner que sur leur territoire résident de nombreuses personnes issues de l’immigration n’est pas dénuée d’ambivalence : selon les locuteurs, c'est le signe d’une grande diversité culturelle, ou de difficultés d’intégration à prévoir.

Les Ateliers Médicis se déploient à partir d’un territoire où cette diversité des langues parlées est sans cesse soulignée. C’est donc un enjeu important que d’essayer de comprendre ce qu’est traduire, dans un contexte comme celui-là, où il se peut très concrètement que certains enfants soient en situation de traduire à leurs parents tel ou tel document administratif arrivé au courrier. Traduire alors ne serait que cela ramener à une langue officielle, qui aurait vocation à être une langue commune ? Bien sûr non. Et une langue commune, qu’elle que soit son ambition à l’universalité, n’est jamais ni définitive ni unique. Elle est habitée d’une infinité de manières de la parler, s’enrichit de nouveaux mots.

Une langue se nourrit en permanence de ce qui lui est étranger, de multiples singularités. Traduire n’est jamais une transposition sans perte ni déformation d’un sens bien établi entre deux ensembles de signes. Les « frontières » entre les langues sont à la fois poreuses et opaques, quand on vit pourtant sur une illusion de transparence et d’étanchéité. L’entre-les-langues a une épaisseur, et c’est dans cette épaisseur que se joue la production du sens et du dialogue possible, malgré les idiosyncrasies, les expressions intraduisibles.

Traduire se fait dans un écart. Qui prend en charge cet écart ? Une subjectivité au travail. Une personne, nourrie de toute son histoire, sa culture, ses affects. Or, nous vivons une période où certains espaces d’échanges sont entièrement régis par ce qu’on appelle le globish, un global english qui n’appartient à personne en tant que langue pour dire vraiment la complexité et la subtilité des vies. Et l’on nous promet aussi des outils de traduction automatique de plus en plus perfectionnés. Comment fonctionnent ces outils ? Sur les statistiques. Plus une expression est traduite, sur les réseaux, par telle expression dans la langue de destination, plus elle s’impose comme résultat dans les logiciels.

De ce fait, d’autres propositions, tout aussi justes mais minoritaires, s’effacent. Le monde s’appauvrit de sens et de formes. L’artiste, en ce qu’il est toujours cette subjectivité au travail, cette singularité qui s’assume et produit dans un écart jamais indifférent aux milieux (et aux marges) qu’il traverse, peut-il nous aider à traduire le monde contemporain d’une manière moins automatique, moins hégémonique ?

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Journal de projet 18 juillet 2018
Jeudi 14 juin à 17h
Du lundi 18 au samedi 23 juin 2018