Répétitions du débat

Septembre : Retour à l'école et répétitions du tournage

Publié par Julien Breda

Journal du projet

C’est enfin la rentrée, et nous avons repris contact avec l’école fin août pour organiser notre venue. L’objectif de cette reprise est de remettre les élèves dans l’atmosphère du scénario après de longs mois d’absence et de les préparer en vue du tournage qui a lieu dans trois semaines.

Malgré nos efforts, nous ne pourrons pas retravailler avec toute la classe de l’année dernière. Les élèves de CM2 sont maintenant en 6e dans un collège éloigné et le cadre juridique ne permet pas de simplifier les allers-venues des élèves entre leur établissement et l’école Normandie-Niemen. Compte tenu des restrictions sanitaires, nous ne pouvons pas non plus aller au collège. Nous regrettons cette situation mais décidons de nous concentrer sur les élèves qui restent.

Cette année, les élèves sont répartis dans trois classes puisque les CM1 sont devenus des CM2. Il nous a fallu organiser un planning pour travailler avec chaque groupe. Nous avons réparti les groupes en fonction des rôles du scénario et des scènes.

Nous travaillons séparément avec les trois groupes sur deux jours et nous les retrouvons collectivement pour une séance commune.

 

Lundi 14 septembre et mardi 15 septembre

Nous avons axé notre travail sur l’improvisation des scènes de débat qui constituent un des enjeux du scénario. Les élèves se retrouvent pour débattre sur l’avenir de leur communauté après la disparition des parents.

C’est une partie inspirante : les élèves doivent improviser en utilisant toutes les idées que nous avons élaborées ensemble sur l’intention des groupes et des personnages. Que veulent faire les enfants ? S’amuser, survivre ? Ce travail demande une implication totale dans le jeu pour créer un débat qui ait du sens. La difficulté est de leur faire travailler à la fois une proposition d’idées cohérentes et la construction d’une situation avec les autres pour que le débat puisse être réaliste. Pour que cela fonctionne, il faut créer un contraste fort dans chaque groupe pour que chaque élève puisse porter un désaccord et exprimer ses idées. Il y a presque chez tous une forme de non-jeu très naturel dans leur rapport au parlé, qui correspond à ce que nous cherchons pour le film.

Malgré quelques timidités ou hésitations chez certains, le phénomène de groupe en séance collective créé une énergie qui donne sa place à chacun. Avec quelques précisions supplémentaires, nous obtenons une scène de débat où les élèves sont dans une bonne écoute et prennent la parole au bon moment.

Pour la première fois, nous utilisons la caméra afin de les familiariser à la présence de la technique. Nous devons recommencer plusieurs fois le début des scènes afin d’éviter les regards à la caméra. Nous les entraînons à oublier notre présence afin qu’ils puissent s’immerger complétement dans le débat. C’est aussi un moyen de garder en mémoire nos répétitions et de préparer la mise en scène. Pour permettre d’entrer dans la situation, nous créons des entrées de champs, des amorces de scènes, et des mises en place dans l’espace pour qu’ils comprennent l’importance du placement de la caméra.

 

Mardi 22 septembre

En une séance collective nous travaillons sur la mise en scène de deux scènes chorales afin d’intégrer au jeu des enfants une perception de l’espace et du temps propre à des scènes filmées.

Dans le film, les enfants se retrouvent dans la rue après avoir constaté la disparition de leurs parents. Nous avons imaginé de quelle manière les retrouvailles se réalisaient ? Avec quelles émotions ? Comment créer un climat d’inquiétude et d’interrogation ? Nous avons improvisé les retrouvailles entre plusieurs groupes avec des va-et-vient de certains enfants entre les groupes. Nous avons imaginé le dialogue qu’ils pouvaient inventer pour évoquer cette disparition. Toujours dans une forme d’improvisation.

Une autre scène concerne l’arrivée des enfants dans l’école après leurs retrouvailles dans la rue. Cette arrivée doit prolonger l’inquiétude de la rue mais surtout amorcer un tournant dans le film : ils reprennent confiance, et l’image doit mettre en scène symboliquement l’unité des enfants face à cette adversité.

 

Lundi 28 septembre et mardi 29 septembre

Ces deux journées ont été de nouveau consacrées aux répétitions du débat. Les méthodes sont calquées sur les deux premières répétitions de septembre.

Nous souhaitons que les élèves puissent totalement improviser leur texte puisque notre scénario ressemble plus à une trame dont ils doivent s’emparer qu’à une structure établie.

Nous constatons des changements significatifs. Les élèves sont de plus en plus moteurs dans la prise de parole, plus relâchés, plus impromptus... beaucoup plus proches d’eux. Ils s’accaparent les thèmes et proposent des idées, avec parfois certaines incohérences mais qui sont importantes puisqu’elles soulignent le naturel recherché dans le jeu. Nous ne souhaitons pas sentir les élèves emprisonnés dans une forme répétée. Nous cherchons plus à dessiner un espace commun dans lequel ils peuvent se sentir libres, et que nous viendrons filmer.

 

Le mardi, nous avons abordé pour la première fois les mouvements de la chorégraphie.

C’est une séquence du film où les enfants, dans un élan commun, viennent former un groupe pour consoler l’un des leurs. Nous construisons cette image avec des saisies de bras et d’épaules avec les mains, et à partir d’un croisement de bras dans l’espace. L’idée est qu’une fois le groupe constitué, il peut commencer à tourner sur lui-même, à la manière d’une spirale harmonieuse. Cette spirale avance sur elle-même mais elle avance aussi dans une direction, tout le monde évolue en même temps. La difficulté est de trouver une vitesse commune pour faire en sorte que les élèves se meuvent ensemble, sans accros ni gênes et sans ralentissements afin de faire penser qu’ils sont devenus un même corps, cette fameuse communauté d’enfants qui retrouve son instinct primitif.

 

Ces deux dernières journées de répétions, en vue du tournage qui débute la semaine d’après, sont annonciatrices de belles images.

Nous avons le sentiment de plonger enfin complètement dans notre recherche qui avait été interrompue depuis le printemps.

Compte tenu de la situation sanitaire, l’accueil des Ateliers Médicis est fermé. +