Vue de l'exposition LE FANTOME D'ARGILE

#9 La fin des fantômes

Publié par Coline Cuni

Journal du projet
Arts plastiques Sculpture Performance, Objet à manipuler

Restituer signifie rendre quelque chose que l'on possède indûment et connote la restitution d'un bien mal acquis. 

L'idée d'une exposition de restitution sous-entend que tout est fini et qu'il faudrait rendre ce que nous avons communément dérobé pendant ces quelques semaines passées ensemble. Non, rien de tout cela. Rien n'est fini, ce n'est que le début ! Et par-dessus tout, je vous préviens, nous allons tout garder précieusement. Tout, et même plus ! 

(S') exposer

Lundi 12 octobre - 9 h


Ce matin, les élèves de CM viennent par deux ou trois pour participer à la phase d'accrochage de leurs travaux. Pour cela, la salle a été vidée et tout le matériel a été rangé. Les sculptures, elles, nous attendent sagement en rang d'oignons, prêtes à être posées sur un piédestal. 

En effet, dans l'après-midi, tous les enfants de l'école du Petit Bois, de la maternelle à la primaire, défileront ici pour découvrir ce qui s'est tramé pendant toutes ces semaines dans l'atelier d'arts plastiques. Pourquoi les élèves de CM ressortent-ils de la salle les mains boueuses, dans une blouse maculée de terre et un large sourire accroché aux oreilles ? Puis ce soir, après 16 h, ce sont les parents qui sont invités à venir.

La salle dans laquelle nous avons travaillé toutes ces semaines est méconnaissable, sans ses seaux, sacs, sans sa poussière rouge. Les CM sont presque timides, ou peut-être impressionnés par cette page blanche qu'il va falloir noircir de nos sculptures. 

Double tête en argile - Modelage à plusieurs mains
Détail de l'exposition - double tête en argile - Modelage à plusieurs mains
Regards
Regards de jeunes spectateurs

Tout d'abord, nous réfléchissons : quels sont les modelages qui sont les plus exigeants et qui ne supporterons qu'un type de présentation ? Nous plaçons les plus lourds, les plus gros, les plus frêles. Nous disposons ceux qu'on ne peut qu'adosser qu'au mur ou sur un socle car ils sont boiteux. Nous pensons à ces objets comme à des corps marginaux qui vont peupler l'espace et s'offrir aux yeux de nos spectateurs. 

Quand les objets les plus complexes sont disposés, on parfait le décor. Le reste des sculptures, plus légères dans leur manipulation, sont tout autant importantes, car elles complètent, elles font le pourtour, le lien. Sans elles, la danse paraîtrait incomplète. 

On les retourne, on les pose au sol, serrées ou au contraire très espacées, tous ces possibles sont autant d'histoire à raconter. Le spectateur va-t-il circuler au milieu de chacune ou se retrouver face à un grand ensemble ? Pas facile de décider en petit groupe, parfois les enfants pensent surtout à mettre en valeur leur propre objet. Alors je redis l'importance de la collection dans son ensemble, et dans ce but, nous décidons de faire plutôt des groupes, sur de grands draps bleus chinés récemment et qui répondent très bien à la couleur de la terre crue. Les modules peints eux, sont plus dépendants et solitaires, sur une étagère, ils trouvent place dans un autre coin de la salle.

L'heure tourne, nous épuisons les différentes possibilités et un équilibre fragile se dessine; l'exposition est prête. 

Détails de l'exposition

Vues de l'exposition Fantômes d'argile - 12 octobre 2020
Restitution réservée aux élèves et parents d'élèves, personnels de l'école du Petit Bois.

Feu de joie

Les rôles s'échangent pour un temps. Les enfants sont les sachant, ce sont eux qui jalonnent le chemin, ils nous guident. Ils répondent aux questions et se font les médiateurs pour les élèves de l'école, un parent ou une fratrie venus ce soir. Les plus dissipés en classe ont l'assurance qu'il faut à l'oral devant un groupe. Les enfants qui débordent du cadre se rendent compte ici de l'importance de leur singularité. Une respiration nécessaire. Un regard admiratif du public, de l'autre, que tous ne trouvent pas toujours dans la réussite scolaire. 

Un grand drap bleu, une nuit, des bouches, des béances. Nos fantômes d'argiles qui se métamorphosent. C'est effrayant. Nous aimerions tout détruire dans un grand feu de joie ; bientôt. Et que la terre retourne à la terre. 

Il faudrait bien ça pour compenser le fait que nous ne pouvons pas nous serrer dans les bras pour nous remercier et nous dire au revoir, pour faire disparaître les nuages de cette année. 

... À suivre.